Deux députés, Christophe Proença (PS, Lot) et Frédérique Meunier (LR, Corrèze), pensent avoir trouvé la solution miracle à l’obésité infantile : une pesée obligatoire en CE2, histoire de détecter le problème tôt!

Leur rapport parlementaire, présenté début mars 2025, propose d’instaurer cette mesure dans le cadre d’une stratégie nationale de prévention de l’obésité. Alors certes, sur le papier, ça sonne comme une mesure de santé publique éclairée. Mais dans la vraie vie, on s’apprête surtout à replonger une génération entière dans le cauchemar de la visite médicale à l’école. Pour les anciens, vous vous rappelez, ce moment gênant où il fallait se mettre en sous-vêtements devant l’infirmière, pendant que tes camarades gloussaient en arrière-plan ?! Alors avancée en prévention de l’obésité infantile ou régression culpabilisante et stigmatisante ?

 

 

La balance : le retour du traumatisme scolaire

 

Peser des enfants à l’école, c’est ouvrir une porte royale au harcèlement scolaire. Parce qu’on connaît déjà le scénario : une remarque moqueuse dans la cour, un surnom douteux qui s’installe, et voilà un gamin qui refuse d’aller à la piscine jusqu’à la fin du collège. L’intention est louable, mais le terrain est glissant — et potentiellement dangereux pour la santé mentale des enfants.

 

Détecter le surpoids pour mieux le prendre en charge, oui. Mais si c’est pour déclencher une vague d’humiliations en série, on repassera.

 

 

L’intention est médicale — le résultat sera social

 

Sur le papier, la pesée en CE2 vise à prévenir le surpoids et à agir tôt sur le plan médical. L’objectif affiché est donc purement sanitaire : repérer les enfants à risque pour les orienter vers une prise en charge adaptée.

 

Mais dans les faits ? On sait déjà comment ça va finir. La pression sociale, la comparaison entre élèves, les moqueries dans la cour… Ce genre de dynamique ne se contrôle pas une fois qu’elle est lancée.

Le poids est l’un des premiers motifs de harcèlement scolaire — et cette mesure pourrait bien offrir une occasion en or aux petits tyrans de la cour de récré. Même si la pesée n’a aucune conséquence officielle dans le parcours scolaire, le regard des autres, lui, sera bien réel.

 

Une pression implicite, mais potentiellement tout aussi destructrice.

 

 

Une bombe psychologique à retardement

 

À 8-9 ans, en CE2, l’image corporelle est encore en construction. À cet âge, les enfants n’ont pas encore le recul nécessaire pour comprendre la complexité du poids et de la santé. Si un enfant se fait peser devant les autres et qu’il est catalogué comme « trop gros », il risque de l’intégrer comme une vérité absolue sur lui-même : « Je suis gros, donc je vaux moins. »

 

Une pesée publique à cet âge, c’est semer les graines d’une relation toxique avec le corps.
Et qu’est-ce qui suit souvent une mauvaise image corporelle ? Des comportements alimentaires à risque : restriction, hyperphagie, voire troubles du comportement alimentaire (TCA).

On connaît ce cercle vicieux : honte → restriction → compulsions → culpabilité → honte → restriction… Ce schéma est déjà présent chez de nombreux adultes — alors imagine l’installer chez un enfant de 8 ans.

 

 

Plus de sport ? Oui, mais pas comme punition

 

L’autre proposition des députés — renforcer les heures d’EPS — est plus sensée. Encourager l’activité physique, c’est une bonne idée. Mais le sport ne doit pas devenir une punition ou une réparation du poids.

Faire du sport pour le plaisir, c’est ce qui crée une habitude durable.
Faire du sport pour « corriger » son corps, c’est le meilleur moyen de créer une relation conflictuelle avec l’activité physique.

Si l’enfant associe le sport à une tentative de « réparer » son poids, il y a peu de chances qu’il développe une relation saine avec son corps.

 

 

La vraie solution ? Éduquer plutôt que culpabiliser

 

L’obésité infantile est une bombe à retardement, mais la solution n’est pas de mettre nos enfants sur une balance en espérant qu’ils fondent par magie. Il faut une vraie éducation alimentaire, un accès à des produits de qualité, et une sensibilisation dès le plus jeune âge.

 

– Apprendre aux enfants à reconnaître la faim et la satiété.
– Leur apprendre que tous les corps sont différents, qu’ils ont des besoins spécifiques.
– Leur montrer que manger, ce n’est pas juste « se remplir », mais aussi un moment de plaisir et de partage.

Et si on mettait autant d’énergie dans une éducation alimentaire positive que dans une pesée obligatoire, on éviterait peut-être d’en arriver là.

 

 

Ce qu’on peut en retenir

 

Peser les enfants à l’école, c’est comme mettre un pansement sur une plaie infectée : ça masque le problème, mais ça ne le soigne pas. Le surpoids est une problématique de santé publique sérieuse — mais la réponse doit être globale, éducative, et bienveillante.
Prévention oui, stigmatisation non !