Cette nuit, c’est le fameux changement d’heure. Encore. Comme deux fois par an, depuis qu’on a décidé un jour que céder une heure de sommeil était un acte citoyen. L’heure se décale, le rythme aussi, et nos humeurs se froissent comme un drap dans un dryer.
Et si on profitait de ce décalage arbitraire pour s’interroger sur nos propres horloges intérieures ? Parce qu’au fond, avouons-le le vrai changement d’heure n’est peut-être pas celui de la montre, mais celui qu’on refuse souvent d’entendre : celui de notre tempo à nous, vous savez celui qu’on laisse en mode silencieux par habitude.
Petit rappel au passage : si tu veux comprendre comment ce passage à l’heure d’été chamboule notre sommeil, notre humeur et même notre assiette, j’en ai déjà parlé ici : Le changement d’heure
Nos journées sont-elles encore à notre image ?
Quand j’étais ado, je ne sais pas vous, je remplissais mes journées comme on fait une valise pour partir en colo : à ras bord, avec des « au cas où » qui pesaient trois kilos d’angoisses. Aujourd’hui, beaucoup de mes patientes vivent encore comme ça : leurs emplois du temps sont blindés, mais lorsque je leur demande le temps qu’elles prennent pour elles, y’a plus personne pour me répondre.
On court tous et toutes après les tâches comme le lapin blanc d’Alice au pays des merveilles, qui n’a jamais le temps, toujours en retard, toujours stressé. Mais pour aller où ? Et à quoi bon remplir son agenda si rien n’est réellement satisfaisant ?
Du coup c’est le moment idéal pour se poser une vraie question : est-ce que ma journée ressemble à ma vie ou bien à une liste de choses imposées ? Une étude de 2022 publiée dans le Journal of Behavioral Science montre que les personnes qui alignent leurs emplois du temps avec leurs valeurs profondes ressentent moins de stress chronique et plus de satisfaction quotidienne. Oui, oui, vous avez bien compris : le bonheur commence par un rendez-vous avec soi-même !
L’heure sociale contre l’heure biologique
Je vois souvent chez mes patients une nuée de culpabilités qui ont la dent dure : celle de ne pas être du matin, de ne pas être efficace avant 10h, de ne pas carburer au même rythme que les autres. Mais… qui a dit que le matin était l’heure noble de la journée ? Une vieille croyance sociétale qui associe le lever tôt à la vertu. Merci Benjamin Franklin, vraiment.
Or, la science, elle, est plus nuancée. Des chercheurs en chronobiologie de l’université de Stanford ont démontré que les chronotypes sont en partie génétiques. Certains sont faits pour démarrer au chant du coq, alors que d’autres sont faits pour créer/écrire/travailler le soir voire tard dasn la nuit. En fait ce que l’on sait assurément c’est qu’il n’y a pas de version meilleure qu’une autre, juste accepter que nous avons tous des rythmes différents.
On ne force pas un hibou à devenir un coq. Ou alors, il finit en burn-out sous Lexomil !
Et si on profitait de ce changement d’heure pour faire la paix avec notre rythme naturel ? Comme Cendrillon qui quitte le bal à minuit pile, mais avec l’idée que c’est peut-être son heure à elle, mais chacun peut choisir sa propre heure de vérité.
Et si le changement d’heure devenait une heure pour soi ?
Alors voilà je vous propose une idée : et si, plutôt que de pleurer l’heure perdue cette nuit, on s’offrait une heure pour reprendre contact avec soi ?
Une heure pour soi. Une heure sans réseaux, sans liste, sans obligation. Une heure où on ne fait rien… ou plutôt où on fait enfin ce qu’on a remis à plus tard : respirer, noter ses envies, se demander à quoi on a vraiment envie de consacrer notre temps vivant.
Comme dans la série Severance, où les héros vivent déconnectés de leur « eux » du travail (« inter ») , on peut se demander si on n’a pas, nous aussi, coupé le lien entre nos besoins profonds et notre vie quotidienne.
Et lorsque je propose cet exercice dans mes consultations, je vois souvent un effet papillon étonnant : prendre une seule heure pleinement choisie peut amorcer un vrai changement de rythme. Comme si le simple fait d’être à l’heure avec soi-même recadrait tout le reste.
En conclusion :est-ce vraiment une heure de perdue ?
Alors oui, on va perdre une heure cette nuit. Mais si, en fait, on y gagnait quelque chose ? Une connexion à soi-même.
Et si, au lieu de régler nos montres, on réglait nos attentes ? Notre rapport au temps ? Nos décalages internes ?
Peut-être que le plus beau des changements d’heure, ce n’est pas de passer à l’heure d’été, mais à l’heure de soi.
Comme disait Rafiki dans Le Roi Lion : « Le passé peut faire mal. Mais à mon sens, on peut soit le fuir, soit… apprendre de lui. »
Et si on en faisait autant avec notre présent ? Et si ce changement d’heure t’inspirait un élan plus global de tri et de recentrage, tu peux aller jeter un œil à mon article sur le grand ménage de printemps, version mentale et émotionnelle : Faire le tri dans sa tête, son assiette et ses pensées.